

Dernière mise à jour
31/10/2009


26 février 2006 : l'EVSQY participe à Montainville dans les Yvelines, au Printemps des Chorales organisé par l'ADIAM, et nous sommes conviés,
les premiers, à la Master Class de Joël Suhubiette.
Ce jeune chef, qui a chanté avec les plus grands (William Christie, Philippe Herreweghe) est passionné depuis toujours par le chant choral, en particulier
a capella.
Il dirige à la fois le choeur de chambre les Eléments, à Toulouse avec lequel il explore un répertoire plutôt contemporain, et l'ensemble Jacques Moderne
à Tours, spécialisé dans la musique ancienne.
Avec Valérie Josse, il a choisi de nous faire travailler le Salve Regina de Desenclos.
Salve Regina, parce que c'est le thème du CD anniversaire des 10 ans de l'EV : Salve Regina du Moyen-Âge
à nos jours.
Desenclos n'y figure pas, mais Joël Suhubiette apprécie particulièrement ce compositeur contemporain, mal connu, mort en 1971 et à propos duquel il a
enregistré un disque avec Les Eléments.
Malgré l'heure matinale et le froid glacial qui règne dans l'église, Joël Suhubiette, discret, nous écoute interpréter cette oeuvre difficile,
riche en harmonies, que nous répétons depuis quelques semaines pour la Master Class.
Il laisse Valérie nous diriger dans un premier temps, pour être entièrement spectateur, puis, délicatement, prend les choses en mains... Ses mains sont
nues, il ne se plaint pas, mais nous pouvons imaginer que diriger « mains nues » dans une église non chauffée tient de la performance.
Il nous guide dans la prononciation des voyelles, les prises de respiration, la façon de chanter les phrases dans leur entier, les nuances de tempo.
Il nous demande de prononcer les mots pour qu'ils soient compris de tous, de vivre les textes, d'être plus généreux...
Puis nous chantons le Salve Regina de Poulenc. Il paraît agréablement surpris de notre interprétation. Ses indications décantent encore l'oeuvre que nous travaillons pourtant depuis plusieurs mois. Le froid est mordant mais nous sommes tous très attentifs et sensibles à son calme, à sa voix douce et chantante, aux changements subtils qu'il fait opérer pour atteindre un chant épuré et fervent.
L'après-midi de cette journée qui a démarré paisiblement se prolonge par un travail des chorales réunies pour le choral Immortal Bach -
Komm süsser Tod, sur une mélodie de Jean Sébastien Bach avec un arrangement du Norvégien contemporain Nystedt.
Par bonheur, nous pouvons accéder à une pièce chauffée en face de l'église où nous retournerons plus tard pour chanter le choral.
Immortal Bach est une pièce un peu particulière. Les paroles sont simples mais le principe qui est expliqué sur un schéma joint à la partition,
le paraît moins.
Il faut tout d'abord créer cinq groupes, constitués d'un choeur équilibré à quatre voix, qui chanteront chacun le choral à un tempo différent. Il n'est
pas facile de garder le souffle sur le tempo le plus lent... et de maintenir le tempo lorsque le groupe d'à côté vous attire imperceptiblement vers
le sien... Joël Suhubiette va nommer un « sous-chef » par groupe qui battra la mesure pour son groupe... Les choses se mettent bientôt en place et nous
retournons dans l'église pour chanter cette oeuvre sacrée dans l'acoustique qu'elle mérite. Les groupes se répartissent. Le départ est donné et les voix
se mêlent, les dissonances apparaissent et restent, insistantes, jusqu'au bout. Le résultat est impressionnant de force et de musicalité !
En fin d'après-midi, le chef s'éclipse aussi modestement qu'il est arrivé. Une journée dans des conditions difficiles, bien remplie, pour lui comme pour nous, avec le sentiment d'avoir côtoyé un grand musicien, très discret, d'une grande paix intérieure, avec beaucoup de pédagogie et qui met en avant le travail du choeur, pour notre plus grand plaisir, nous les choristes, comme un instrument à part entière dans l'interprétation des oeuvres : la voix simplement posée sans aucun artifice pour dire le chant dans sa totale pureté.
Valérie d'Annoville et Anne Benning

« Suchet keine stärkern Waffe ... Ne cherchez pas d'arme plus puissante ... »
Qu'est-ce ? Un slogan antimilitariste ? Une manifestation pacifiste au Prisme d'Elancourt ? Non, ce sont les membres de l'Ensemble Vocal de Saint-Quentin-en-Yvelines qui
chantent le choeur final de l'opéra de chambre Les Conjurées ou la croisade des Dames de Franz Schubert. Aujourd'hui, samedi 19 septembre 2009, nous nous sommes
réunis pour une masterclass de chant choral animée par Bernard Tétu, chef de choeur, chef d'orchestre et professeur de direction. Au programme, des motets et Lieder de
Schubert, ainsi que quelques extraits de cet opéra de chambre mal connu, que le chef lyonnais et son ensemble Les Solistes de Lyon donneront en concert la semaine
suivante au Musée National de Port-Royal des Champs, dans le cadre du Festival d'Ile de France 2009
Nous voilà prêts, dans notre lieu habituel de répétition. Etirements, mise en voix : Valérie Josse, notre chef de choeur, prend le temps de nous échauffer, puis,
comme le TGV lyonnais affiche du retard, nous fait reprendre les oeuvres que nous n'avions pas chantées jeudi dernier. Antoine Terny, notre pianiste, nous accompagne.
Pour les auditeurs, les traductions des textes allemands sont projetées à l'écran. Entre temps, Bernard Tétu est arrivé et nous écoute chanter, prenant ainsi la mesure du
choeur qu'il dirigera tout l'après-midi.
Nous commençons avec lui par les deux choeurs extraits des Conjurées. D'emblée, Bernard Tétu met l'accent sur l'adéquation entre musique et prononciation, soulignant l'importance des syllabes toniques. Il nous met aussi de façon imagée dans la peau de conspirateurs, nous faisant presque murmurer dans les passages piano, augmentant ainsi la compréhension du texte. Le chef nous reprend avec gentillesse, mais fermement, jusqu'à ce que nous reproduisions l'effet désiré.
Nous passons au Tantum ergo. Surprise : Schubert a écrit 2 motets différents sur ces paroles et nous n'avons pas préparé la même oeuvre! En souriant,
Bernard Tétu avoue que c'est la première fois qu'il est confronté à l'épreuve qu'il fait passer à ses étudiants en fin de cycle : diriger une oeuvre inconnue. Là aussi,
il nous demande de ne pas marteler les forte et d'adoucir les pianissimo, tout en ne les relâchant pas. Parfois, il nous fait ralentir, le temps semble en suspens, et
l'effet de surprise qui suit est d'autant plus fort. Les Romantiques, contrairement aux musiciens de la période classique, jouent davantage avec les contrastes, même à
l'intérieur du rythme. Nous déchiffrerons la partition de l'autre Tantum Ergo après la pause et espérons la travailler plus tard avec Valérie, car cette version est
superbe.
Avant d'entreprendre le Lied Nun lasst uns den Leib begraben, Bernard Tétu nous parle de ce qui caractérise le Romantisme : la nature, source de vie et de mort et le Sehnsucht, le rêve d'un paradis perdu. A nouveau, il met le piano en valeur et nous demande d'être à l'écoute de cet instrument qui n'est pas seulement accompagnement. Les voix des chanteurs doivent se répondre les unes aux autres, avec la même intensité, et s'effacer à tour de rôle. Le chef insiste encore sur la prononciation, sur la montée du crescendo, sur la tenue des voyelles finales.
Pour finir, nous chantons d'abord avec Valérie, puis avec Bernard Tétu le très beau Lied An die Sonne qui illustre les mêmes thèmes et montre l'émotion
d'un homme qui se sait mortel. Le choeur vibre à l'unisson ; le chef lyonnais doit nous quitter, mais nous restons dans la plénitude du travail accompli grâce et avec lui.
Un grand merci à Valérie et au bureau d'avoir organisé cette expérience inoubliable.
Chantal Van der Rest (Crédits photo : Alain Favard)
