

Dernière mise à jour
18/02/2007


2005 - 2006
Joël Suhubiette
20 février 2006
26 février 2006 : l'EVSQY participe à Montainville dans les Yvelines, au Printemps des Chorales organisé par l'ADIAM, et nous sommes conviés,
les premiers, à la Master Class de Joël Suhubiette.
Ce jeune chef, qui a chanté avec les plus grands (William Christie, Philippe Herreweghe) est passionné depuis toujours par le chant choral, en particulier
a capella.
Il dirige à la fois le choeur de chambre les Eléments, à Toulouse avec lequel il explore un répertoire plutôt contemporain, et l'ensemble Jacques Moderne
à Tours, spécialisé dans la musique ancienne.
Avec Valérie Josse, il a choisi de nous faire travailler le Salve Regina de Desenclos.
Salve Regina, parce que c'est le thème du CD anniversaire des 10 ans de l'EV : Salve Regina du Moyen-Âge
à nos jours.
Desenclos n'y figure pas, mais Joël Suhubiette apprécie particulièrement ce compositeur contemporain, mal connu, mort en 1971 et à propos duquel il a
enregistré un disque avec Les Eléments.
Malgré l'heure matinale et le froid glacial qui règne dans l'église, Joël Suhubiette, discret, nous écoute interpréter cette oeuvre difficile,
riche en harmonies, que nous répétons depuis quelques semaines pour la Master Class.
Il laisse Valérie nous diriger dans un premier temps, pour être entièrement spectateur, puis, délicatement, prend les choses en mains... Ses mains sont
nues, il ne se plaint pas, mais nous pouvons imaginer que diriger « mains nues » dans une église non chauffée tient de la performance.
Il nous guide dans la prononciation des voyelles, les prises de respiration, la façon de chanter les phrases dans leur entier, les nuances de tempo.
Il nous demande de prononcer les mots pour qu'ils soient compris de tous, de vivre les textes, d'être plus généreux...
Puis nous chantons le Salve Regina de Poulenc. Il paraît agréablement surpris de notre interprétation. Ses indications décantent encore l'oeuvre que nous travaillons pourtant depuis plusieurs mois. Le froid est mordant mais nous sommes tous très attentifs et sensibles à son calme, à sa voix douce et chantante, aux changements subtils qu'il fait opérer pour atteindre un chant épuré et fervent.
L'après-midi de cette journée qui a démarré paisiblement se prolonge par un travail des chorales réunies pour le choral Immortal Bach -
Komm süsser Tod, sur une mélodie de Jean Sébastien Bach avec un arrangement du Norvégien contemporain Nystedt.
Par bonheur, nous pouvons accéder à une pièce chauffée en face de l'église où nous retournerons plus tard pour chanter le choral.
Immortal Bach est une pièce un peu particulière. Les paroles sont simples mais le principe qui est expliqué sur un schéma joint à la partition,
le paraît moins.
Il faut tout d'abord créer cinq groupes, constitués d'un choeur équilibré à quatre voix, qui chanteront chacun le choral à un tempo différent. Il n'est
pas facile de garder le souffle sur le tempo le plus lent... et de maintenir le tempo lorsque le groupe d'à côté vous attire imperceptiblement vers
le sien... Joël Suhubiette va nommer un « sous-chef » par groupe qui battra la mesure pour son groupe... Les choses se mettent bientôt en place et nous
retournons dans l'église pour chanter cette oeuvre sacrée dans l'acoustique qu'elle mérite. Les groupes se répartissent. Le départ est donné et les voix
se mêlent, les dissonances apparaissent et restent, insistantes, jusqu'au bout. Le résultat est impressionnant de force et de musicalité !
En fin d'après-midi, le chef s'éclipse aussi modestement qu'il est arrivé. Une journée dans des conditions difficiles, bien remplie, pour lui comme pour nous, avec le sentiment d'avoir côtoyé un grand musicien, très discret, d'une grande paix intérieure, avec beaucoup de pédagogie et qui met en avant le travail du choeur, pour notre plus grand plaisir, nous les choristes, comme un instrument à part entière dans l'interprétation des oeuvres : la voix simplement posée sans aucun artifice pour dire le chant dans sa totale pureté.
Valérie d'Annoville et Anne Benning
