

Dernière mise à jour
30/04/2009


MOTETS
Le motet est une forme musicale vocale a cappella ou accompagnée qui apparaît vers les XII-XIIIe siècles. Après les siècles de monodie du Chant
Grégorien, une seconde mélodie se dessine : dans la polyphonie à deux voix de cette époque, la voix de teneur chante des valeurs longues, sur un incipit religieux
et une deuxième voix dite d'organum évolue avec une certaine liberté pour l'enrichir. A l'origine, il y a motet quand on ajoute des paroles spécifiques à la seconde
voix, appelées motetus ou « petits mots » car le texte y est développé. Ce motet, ou organum duplum, peut se développer sur une teneur chantée ou
instrumentale. Les paroles sont religieuses mais parfois profanes et bien souvent les deux à la fois, car le symbolisme du Moyen-Age superpose aux différentes voix
d'organa des textes indépendants les uns des autres. Ainsi l'exemple du très bel ALLELUYA tiré du manuscrit de Montpellier.
Le motet suit le cours des évolutions des goûts et des techniques musicales. On trouve au XIVe siècle le motet isorythmique - c'est-à-dire répliquant
les mêmes formules rythmiques - de l'Ars nova. L'épanouissement de l'école dite franco-flamande du XVe siècle emmène le motet dans ses aventures comme le très bel
AVE VERUM de Josquin Desprez. Il se fait aux règles du contrepoint de la Renaissance du XVIe et est porté à la perfection par Palestrina dans son O SALUTARIS.
Le motet est particulièrement prisé à la cour de Versailles aux XVII-XVIIIe siècles : outre les « Grands Motets », de superbes pièces telles le SERVE BONE de
Marc-Antoine Charpentier servent ce genre musical.
Le motet perd peu à peu de sa singularité, et on finit par appeler motet toute forme de musique religieuse qui n'est ni messe ni oratorio : Jean-Sébastien Bach
en écrira six, dont le fameux JESU MEINE FREUDE, modèle d'architecture éblouissante.
JESU, MEINE FREUDE (BWV 227)
Les motets de Jean-Sébastien Bach comptent parmi ses oeuvres les plus abouties et constituent un sommet absolu de la polyphonie occidentale ; on peut
donc se demander pourquoi ces pages restent si peu connues. D'abord, tout simplement parce que le public a rarement l'occasion de les entendre en concert (il est vrai que
l'exécution en est redoutablement difficile). Ensuite et surtout, parce que l'approche qui en est traditionnellement donnée les rend opaques, voire indigestes. Cependant, à
la différence des cantates et des oeuvres instrumentales, les motets n'ont jamais cessé d'être chantés.
Les obligations professionnelles qui incombaient à Bach en sa qualité de cantor de Saint Thomas de Leipzig impliquaient entre autres qu'il fournît la musique destinée
aux services religieux des dimanches et fêtes dans les deux églises principales de la ville, Saint Thomas et Saint Nicolas.
Il était en outre tenu de faire chanter les élèves de l'école de Saint Thomas aux enterrements. En vertu du règlement scolaire en vigueur à Leipzig en 1723, « élèves et
précepteurs avaient à se trouver devant la maison mortuaire un quart d'heure avant le début des funérailles, et exécuter tout de suite leur chant ». Le choix des cantiques
et motets devant accompagner les obsèques était confié au cantor.
En règle générale, Bach, conformément à la tradition, choisissait ses morceaux dans le recueil imprimé de motets. Si par contre on désirait pour la musique funèbre des
textes déterminés de l'écriture sainte, Bach devait, dans des délais relativement brefs, composer à la demande de la famille du défunt un nouveau motet. Des six motets de Bach
qui nous sont parvenus, cinq sont des compositions de commande (BWV 226, 227, 228, 229 et 230), dont les dimensions et la distribution déterminaient le montant des honoraires.
